Chine / CNY

La Chine, une histoire de monnaie.

Du bronze des royaumes anciens aux paysages du renminbi : des siècles d’échanges, d’invention et de mémoire.

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Monnaie ronde de bronze percée d’un trou carré, portant les caractères 半兩. Gary Todd · CC0

Un disque de bronze percé d’un carré. Une longue lame qui ne coupe pas. Un lingot d’argent marqué de poinçons. Un billet rouge que l’on reconnaît presque sans le regarder. Ces objets appartiennent à des mondes très différents ; ensemble, ils racontent l’une des histoires monétaires les plus inventives qui soient.

La monnaie chinoise n’a pas avancé en ligne droite, du métal au papier puis à l’écran. Pendant des siècles, elle a fait coexister des matières, des unités et des habitudes : des sapèques pour les achats courants, de l’argent pesé pour de gros règlements, des billets pour déplacer une valeur sans déplacer son poids. Des monnaies étrangères ont été accueillies, vérifiées, contremarquées ; de très anciennes pièces ont continué à circuler longtemps après la disparition du pouvoir qui les avait émises.

Suivre cette histoire, c’est entrer dans les ateliers où l’on coule le bronze, les marchés du Sichuan, les ports reliés aux mines d’Amérique, les imprimeries de la République et les paysages gravés sur le renminbi. C’est aussi comprendre ce qu’une monnaie demande aux personnes qui l’emploient : reconnaître un signe, accepter une mesure, faire confiance à un émetteur.

人民币 · renminbiLe nom de la monnaie : « monnaie du peuple ». Abréviation courante : RMB.
元 · yuanL’unité de compte. Un yuan vaut dix jiao (角), soit cent fen (分).
CNYLe code international. À l’oral, 块 (kuài) et 毛 (máo) désignent familièrement le yuan et le jiao.
01 / CHAPITRE

Avant l’Empire, les monnaies ont plusieurs silhouettes

Bien avant les pièces rondes, des coquillages cauris occupent une place dans les échanges, les dons et les richesses accumulées. Leur trace demeure dans l’écriture : le caractère 貝, simplifié en 贝, entre dans la composition de nombreux mots liés aux biens, au commerce ou à la valeur. Cette mémoire linguistique est précieuse ; elle ne permet pourtant pas de reconstituer un système uniforme dans lequel tout se serait acheté avec des coquillages.

Les sociétés de la Chine ancienne connaissent des paiements et des obligations multiples. Le bronze y possède une importance particulière : matière des vases rituels, il suppose des savoir-faire de moulage et des réseaux d’approvisionnement. Ces techniques peuvent servir à fabriquer des objets monétaires en série. À la différence de nombreuses traditions de frappe, les monnaies chinoises anciennes sont généralement coulées dans des moules.

Une bêche miniature, un couteau devenu signe

Au cours des Zhou orientaux, notamment pendant les Printemps et Automnes et les Royaumes combattants, plusieurs familles monétaires se développent. Les monnaies-bêches, ou bubi (布币), évoquent la silhouette d’un outil agricole. Certains types anciens conservent une douille creuse ; d’autres s’aplatissent, se réduisent et portent des inscriptions. Les monnaies-couteaux, daobi (刀币), se rencontrent notamment dans les espaces du Nord et du Nord-Est, associés à des États tels que Yan ou Qi.

Ces objets ne sont pas simplement des outils que l’on aurait continué à utiliser avant de les échanger. Leur forme se stylise ; une inscription, une série et une communauté d’usage leur donnent une fonction monétaire. La référence à l’outil demeure, tandis que l’objet devient un signe reconnu dans un territoire. D’autres traditions existent, dont les petites monnaies de bronze imitant des coquillages dans le monde de Chu et les premières pièces rondes.

Une monnaie-bêche plate des Royaumes combattants, exposée au Musée national de Chine.
Monnaie-bêche des Royaumes combattants, Musée national de Chine. Le contour conserve la mémoire d’un outil ; l’objet possède une fonction monétaire.Gary Todd · CC0 · Source et droits · Redimensionnement et conversion WebP, sans recadrage.
Deux monnaies-couteaux de bronze à anneau terminal, exposées verticalement.
Monnaies-couteaux des Royaumes combattants, Musée national de Chine. La diversité des formes rappelle les réseaux monétaires antérieurs à l’unification Qin.Gary Todd · CC0 · Source et droits · Redimensionnement et conversion WebP, sans recadrage.

On ne doit pas transformer cette diversité en classement de sociétés supposément plus ou moins « avancées ». Elle montre surtout une Chine politiquement divisée, traversée de marchés régionaux et capable de solutions différentes. Une monnaie n’a besoin ni d’un portrait ni d’une silhouette circulaire pour être acceptée : il lui faut des usages partagés et une valeur que ses utilisateurs reconnaissent.

Pour le lecteur d’aujourd’hui, ces bronzes sont aussi de petits documents écrits. Une graphie ancienne peut évoquer un lieu, une autorité ou une convention de valeur. La surface, parfois très usée, conserve ainsi une géographie que les cartes politiques seules ne suffisent pas à restituer.

Repères documentaires : [1] Musée national de Chine — Ancient Chinese Money · [2] British Museum — monnaie-bêche, Ve siècle avant notre ère · [3] British Museum — galerie de la monnaie, guide détaillé

02 / CHAPITRE

Qin et Han : donner une forme commune à la monnaie

En 221 avant notre ère, le roi de Qin achève la conquête des autres royaumes et prend le titre de Premier Empereur. Unifier les écritures administratives, les mesures et les monnaies appartient à une même entreprise : rendre gouvernable un territoire immense. Le pouvoir impose le modèle de la ban liang (半两), littéralement « demi-liang », déjà employé dans l’État de Qin avant l’unification.

Le nom est un poids ; la silhouette, un disque percé d’un trou carré. Cette combinaison allait avoir une postérité exceptionnelle. Il serait pourtant trompeur de croire que toutes les ban liang ont exactement le même poids ou que les pratiques régionales disparaissent à la date d’un décret. Entre une norme impériale et les monnaies effectivement conservées, les variations sont nombreuses.

Monnaie ronde de bronze percée d’un trou carré, portant les caractères 半兩.
Pièce de type ban liang (« demi-liang »), Musée national de Chine. Son disque à trou carré devient la silhouette emblématique des monnaies chinoises.Gary Todd · CC0 · Source et droits · Redimensionnement et conversion WebP, sans recadrage.

Le trou central se prête à l’enfilage des pièces sur une corde. Sa forme carrée facilite aussi leur maintien sur une tige lors de certaines opérations de finition. À ces usages matériels s’ajoutent des lectures symboliques, souvent rapprochées du ciel rond et de la terre carrée. L’interprétation culturelle enrichit l’objet ; elle ne doit pas effacer le travail concret du fondeur et du marchand.

La longue vie des cinq zhu

Les Han reprennent d’abord la ban liang, puis expérimentent plusieurs réglages. En 118 avant notre ère, sous l’empereur Wudi, apparaît la wuzhu (五铢), « cinq zhu ». En 113, la centralisation de la production autour des ateliers impériaux renforce le contrôle de l’émission. L’enjeu dépasse la seule beauté des pièces : il concerne les ressources de l’État, l’approvisionnement en métal et la lutte contre les monnaies trop légères.

La wuzhu devient une référence durable, reprise sous des pouvoirs successifs pendant plusieurs siècles. Cette continuité connaît des interruptions, des imitations et des réformes. Wang Mang, à la charnière de notre ère, tente notamment de réintroduire des formes archaïsantes de bêches et de couteaux. Son exemple rappelle qu’une réforme monétaire peut aussi être un programme de légitimité : on mobilise le passé pour donner autorité au présent.

La forme ronde à trou carré survit largement à ces expériences. Son succès ne signifie pas immobilité. Les alliages, la masse, les inscriptions et les conditions de production changent ; c’est un langage matériel commun qui se maintient à travers les ruptures politiques.

Repères documentaires : [4] Musée national de Chine — exposition des monnaies anciennes · [5] Musée national de Chine — notices des monnaies Qin et Han · [6] British Museum — couteau monétaire de Wang Mang

03 / CHAPITRE

Les sapèques : deux mille ans de gestes quotidiens

Dans les textes français, on appelle généralement sapèques les petites monnaies rondes percées de l’Asie orientale. Le mot ne désigne ni une dynastie précise ni un unique étalon de valeur. Il rassemble, sous une appellation familière aux collectionneurs, des émissions différentes dont les habitants connaissaient les qualités, les défauts et les cours locaux.

Avec les Tang, une étape décisive intervient en 621 : la kaiyuan tongbao (开元通宝). Son inscription ne proclame plus directement un poids de métal, mais un « trésor circulant » associé à un commencement. Il ne faut pas la confondre avec l’ère Kaiyuan de l’empereur Xuanzong, qui commence près d’un siècle plus tard. Ici, kaiyuan appartient à la formule monétaire.

Ensemble de pièces à trou carré portant la légende 開元通寶.
Ensemble de kaiyuan tongbao des Tang. Émise à partir de 621, cette monnaie porte une formule de circulation plutôt qu’un nom de poids.Gary Lee Todd, Ph.D. · CC0 · Source et droits · Redimensionnement et conversion WebP, sans recadrage.

Compter, lier, transporter

Les sapèques se comptent et s’assemblent en ligatures. Le vocabulaire des comptes distingue la pièce, souvent exprimée en wen (文), et de grands ensembles tels que la ligature ou le guan (贯). Un millier de pièces constitue un repère nominal fréquent ; les nombres effectivement enfilés et les conventions de paiement varient selon les lieux et les époques. Dire « une ligature » ne garantit donc pas partout un contenu matériel identique.

Ce détail change notre manière d’imaginer un marché ancien. Le marchand ne se contente pas de lire une valeur faciale : il apprécie un assortiment de pièces, accepte certaines émissions, tient compte de l’usure et applique les conventions du lieu. Les monnaies d’une dynastie précédente peuvent rester en circulation. L’argent du quotidien porte ainsi plusieurs temps à la fois.

La calligraphie participe à cette reconnaissance. Sous les Song, les inscriptions peuvent varier par style d’écriture ; elles font des pièces un domaine où l’art du trait rencontre l’administration. Sous les Qing, les revers de nombreuses émissions associent le chinois et des indications d’ateliers en mandchou. Une surface de quelques centimètres suffit à inscrire un ordre politique et une organisation de la production.

La circulation déborde enfin les frontières des dynasties chinoises. Des modèles de monnaies percées se développent en Corée, au Japon et au Vietnam, selon leurs institutions propres. Les pièces voyagent avec les échanges maritimes et terrestres. Cette histoire appartient à la Chine, mais aussi aux relations qu’elle entretient avec ses voisins.

Repères documentaires : [7] British Museum — kaiyuan tongbao et monnaies d’Asie orientale · [1] Musée national de Chine — Ancient Chinese Money

04 / CHAPITRE

Sous les Song, la valeur s’allège sur le papier

Dans le Sichuan des Song, régler une grosse transaction avec des monnaies de fer pose un problème très physique : une somme importante est lourde à déplacer. Les marchands développent des reçus et des engagements de paiement qui permettent de transférer une valeur sans transporter à chaque fois les espèces correspondantes. De ces pratiques naissent les jiaozi (交子).

Le changement est considérable. Le papier n’est plus seulement le support sur lequel on enregistre une dette : un document reconnu peut passer d’une personne à une autre et servir lui-même au règlement. Cette transformation est progressive. Les « monnaies volantes » des Tang, ou feiqian (飞钱), avaient déjà facilité les transferts à distance ; elles ne se confondent pas pour autant avec un billet circulant de main en main.

En 1023, un office public des jiaozi est établi à Yizhou, dans la région de Chengdu ; l’émission officielle suit en 1024. Certaines présentations retiennent 1023 comme date fondatrice du papier-monnaie d’État. Distinguer la décision institutionnelle de la mise en émission permet de comprendre ces deux dates sans fabriquer une contradiction.

Une invention de l’imprimerie, mais surtout de la confiance

Les techniques d’impression, les marques de validation et le contrôle de l’émission rendent possible cette nouvelle échelle d’usage. Il faut reconnaître le billet, empêcher sa falsification, organiser le remplacement des coupures usées et définir leurs rapports avec la monnaie métallique. Ce sont autant de questions institutionnelles que graphiques.

Le papier-monnaie des Song ne constitue pas une monnaie nationale homogène au sens contemporain. Les espaces de circulation, les garanties et les règles varient. Les huizi (会子) des Song du Sud prolongent l’expérience dans d’autres conditions. Le papier coexiste avec le cuivre, le fer et différents instruments de crédit ; il ne fait pas disparaître soudainement les paiements métalliques.

Son invention répond à une société où les marchés, les villes et les échanges à distance ont pris une ampleur remarquable. Elle révèle une capacité à penser la monnaie comme une relation garantie, et pas seulement comme une quantité de matière. Les difficultés ultérieures d’émission et de remboursement ne diminuent pas cette innovation : elles en montrent les exigences.

Un objet célèbre, une attribution délicate. Les images souvent présentées en ligne comme « le premier jiaozi » ne sont pas toutes des billets Song authentifiés. La planche Ming présentée plus loin possède une source bibliographique explicite ; elle n’est pas présentée comme un vestige des Song.

Repères documentaires : [8] Musée national de Chine — jiaozi des Song · [9] Guan, Palma et Wu — The rise and fall of paper money in Yuan China, 1260–1368

05 / CHAPITRE

Des Yuan aux Ming : l’ambition d’une monnaie de papier

Lorsque Khubilai met en place ses premières émissions de papier en 1260, avant la proclamation dynastique des Yuan en 1271, il s’appuie sur des expériences chinoises déjà anciennes. Le zhongtong chao (中统钞) inscrit le billet dans un projet impérial plus vaste. La conquête du Sud puis l’organisation des routes et des prélèvements donnent au papier une portée territoriale nouvelle.

La monnaie des Yuan fascine les visiteurs étrangers, dont Marco Polo. Pour un lecteur européen, l’idée qu’une feuille validée par le pouvoir puisse régler des marchandises précieuses appelle un récit extraordinaire. Pour les utilisateurs, la question est plus concrète : le billet sera-t-il accepté ailleurs, et à quelles conditions pourra-t-on l’échanger ?

L’histoire ne se résume pas à une impression sans frein suivie d’un effondrement immédiat. Les recherches de Hanhui Guan, Nuno Palma et Meng Wu distinguent des régimes de convertibilité et de longues phases de stabilité relative. Elles relient notamment les tensions de la fin des Yuan aux besoins fiscaux et militaires, particulièrement aux guerres civiles. Cette lecture fait de la crise un processus historique, au lieu d’une fatalité attachée au papier.

Le billet montre encore les monnaies qu’il remplace

Les Ming, fondés en 1368, reprennent à leur tour le papier-monnaie. Le Da Ming tongxing baochao (大明通行宝钞), introduit en 1375, frappe par sa composition verticale. Son cadre imprimé, ses grands caractères, ses sceaux et ses avertissements affirment l’autorité de l’émission. Une représentation de ligatures de sapèques donne à voir une valeur que l’on ne peut plus peser dans la main.

Page d’un livre de 1925 reproduisant un billet Ming et montrant des ligatures de sapèques.
Reproduction d’un Da Ming tongxing baochao dans l’ouvrage de Thomas Francis Carter, The Invention of Printing in China (1925). Les ligatures représentées rendent visible la valeur annoncée. Il s’agit ici d’une planche imprimée, non d’une photographie récente du billet original.Thomas Francis Carter, The Invention of Printing in China (1925) · CC BY-SA 4.0 · Source et droits · Redimensionnement et conversion WebP, sans recadrage.

Ce billet est une leçon de pédagogie visuelle : la nouvelle matière reste reliée à une ancienne manière de compter. Les signes ne sont pas choisis au hasard. Le décor, l’écriture et la sanction annoncée contre la contrefaçon travaillent ensemble pour faire reconnaître un objet fragile comme un moyen de paiement public.

Mais le papier des Ming perd de sa valeur. Les conditions d’émission, de reprise et de paiement des obligations publiques ne soutiennent pas durablement sa crédibilité. Sans disparaître d’un seul coup, il recule dans les usages au profit de combinaisons où l’argent prend une place croissante. Ce déplacement ouvre une nouvelle époque : la Chine sera au cœur d’une économie mondiale du métal blanc.

Repères documentaires : [9] Guan, Palma et Wu — The rise and fall of paper money in Yuan China, 1260–1368 · [10] British Museum — billet Ming, type introduit en 1375

06 / CHAPITRE

L’argent pesé : lingots, impôts et routes océaniques

Une pièce impose une unité reconnaissable. Un lingot, lui, invite à sortir une balance. À partir des Ming, l’argent joue un rôle majeur dans les règlements importants, les comptes et la fiscalité. Les réformes regroupées sous le nom d’« unique coup de fouet », ou yitiao bianfa (一条鞭法), contribuent au XVIe siècle à convertir de nombreuses obligations fiscales en paiements monétaires, souvent en argent. Leur application varie dans le temps et selon les régions.

Le métal circule en lingots de formes diverses, appelés sycee dans les langues européennes, et notamment yinding (银锭) ou yuanbao (元宝) en chinois selon les objets. L’image familière du petit bateau aux extrémités relevées ne représente qu’une partie de cette diversité. Il existe des formes plus massives, plus plates ou plus allongées.

Quatre lingots d’argent de formes et de tailles différentes, dans une vitrine.
Lingots d’argent Ming, musée provincial du Zhejiang. Leur diversité rappelle que cette monnaie était pesée et essayée, plutôt que reçue à une valeur faciale uniforme.Gary Todd from Xinzheng, China · CC0 · Source et droits · Redimensionnement et conversion WebP, sans recadrage.

Le tael n’est pas une pièce universelle

Le liang (两), souvent appelé tael dans les sources européennes, est une unité de poids et de compte. Sa définition peut changer selon les places et les usages. À la pesée s’ajoute l’essai du métal : deux lingots de masse voisine ne valent pas nécessairement la même chose si leur titre diffère. Des poinçons de fabricants, de contrôleurs ou d’établissements participent à leur identification.

L’argent n’élimine pas les sapèques. Les petites dépenses continuent souvent à se régler en monnaies de cuivre ou d’alliage cuivreux. Le rapport entre argent et cuivre devient alors crucial : un ménage peut recevoir ses revenus dans un métal et devoir acquitter une obligation calculée dans l’autre. Une variation de ce rapport modifie le poids réel d’un impôt sans que son montant écrit ait changé.

La demande chinoise s’inscrit dans des circuits de grande distance. De l’argent japonais et, surtout à partir du XVIe siècle, de l’argent américain rejoignent l’Asie par différentes routes. Les échanges de Manille relient les marchandises chinoises au métal venu de l’Amérique espagnole ; d’autres réseaux passent par l’océan Indien et les compagnies européennes. Soieries, porcelaines et produits recherchés en Occident participent à ces mouvements.

On pourrait croire qu’un lingot anonyme raconte moins qu’un portrait impérial. Il raconte autrement : par sa masse, ses marques et sa provenance, il relie le travail des mines, les ateliers de fonte, les bureaux d’impôts et les comptoirs maritimes. C’est une monnaie dont la lecture demande autant de savoir professionnel que de calcul.

Repères documentaires : [11] Joe Cribb — A Catalogue of Sycee in the British Museum · [12] Joe Cribb et Helen Wang — The British Museum collection of money and medals of the Qing period · [13] Musée national de Chine — cours sur les monnaies anciennes

07 / CHAPITRE

Dollars étrangers et dragons impériaux

À mesure que les échanges s’intensifient, des pièces d’argent étrangères trouvent leur place dans les marchés chinois. Les dollars hispano-américains, puis les pesos mexicains, sont reconnus pour leur teneur en argent et leur diffusion. Ils ne sont pas tous reçus au même cours : un type familier peut inspirer plus de confiance qu’une pièce pourtant comparable sur le plan métallique.

Les contremarques, souvent appelées chop marks, témoignent des vérifications successives. Un changeur ou un marchand appose une marque après contrôle. Plusieurs marques peuvent s’accumuler sur une même pièce. Ce qui semblerait une mutilation au regard d’une collection moderne pouvait faciliter son acceptation dans un circuit commercial.

Une révolution technique à la fin des Qing

À la fin du XIXe siècle, la Chine développe ses propres émissions mécaniques de monnaies d’argent. L’atelier moderne du Guangdong joue un rôle majeur dans ce mouvement. Les « dollars dragons », souvent inscrits Guangxu yuanbao (光绪元宝), font cohabiter le dragon impérial, des inscriptions chinoises et parfois mandchoues, ainsi que des légendes anglaises destinées aux usages du commerce.

Deux faces d’un dollar d’argent des Qing, dont une porte un dragon.
Dollar au dragon des Qing, daté de 1911 selon la fiche Commons : le vocabulaire impérial rencontre la frappe mécanique moderne.Windrain · CC0 · Source et droits · Redimensionnement et conversion WebP, sans recadrage.

Sur nombre de grandes pièces provinciales, l’indication de « sept mace et deux candareens » correspond à sept qian et deux fen de poids, soit 0,72 liang selon l’étalon retenu. Ces fen de poids ne doivent pas être confondus avec les centimes du renminbi contemporain. Le vocabulaire monétaire conserve les couches d’une histoire de la mesure.

La frappe mécanique produit des reliefs nets, des tranches régulières et une apparence comparable aux monnaies internationales. Elle ne suffit pourtant pas à faire disparaître les différences entre ateliers et les habitudes régionales. Le pays connaît encore des monnaies étrangères, des lingots, des sapèques et des billets d’émetteurs multiples.

Les guerres de l’Opium, les traités inégaux, les indemnités et les bouleversements intérieurs pèsent sur les finances des Qing. Réduire les dollars dragons à un symbole de faiblesse manquerait cependant leur intérêt : ce sont aussi les témoins d’une volonté de transformation technique et administrative. En 1910, une réglementation impériale retient le yuan comme unité ; la chute de la dynastie empêche l’unification envisagée d’atteindre d’un seul mouvement tous les marchés.

Repères documentaires : [12] Joe Cribb et Helen Wang — The British Museum collection of money and medals of the Qing period

08 / CHAPITRE

La République : unifier la mesure, puis détacher la monnaie de l’argent

La République de Chine est proclamée en 1912. L’aigle mexicain et le dragon Qing ne quittent pas instantanément les transactions. Des dollars au portrait de Yuan Shikai, puis des types associés à Sun Yat-sen, deviennent des objets emblématiques de la nouvelle époque. À travers eux, la monnaie montre un changement de légitimité : le portrait d’un dirigeant républicain remplace des signes dynastiques.

Le paysage bancaire reste multiple. Banques nationales, provinciales, établissements privés et banques étrangères émettent ou font circuler des billets selon des situations différentes. La Banque de Chine naît en 1912 de la transformation de la Banque des Qing ; elle ne doit pas être confondue avec la future Banque populaire de Chine. Derrière un nom de banque, il faut donc toujours retrouver une date et une fonction.

1933 : des taels aux yuan d’argent

La réforme dite fei liang gai yuan (废两改元), en 1933, cherche à simplifier les paiements et les comptes en remplaçant le système des taels par celui du yuan d’argent. Elle s’attaque à une difficulté ancienne : la multiplicité des unités et des conversions nécessaires d’une place à l’autre. Les connaissances des changeurs ne deviennent pas inutiles, mais l’objectif est de réduire leur nécessité dans les règlements ordinaires.

La réforme n’isole pas la Chine du marché mondial de l’argent. Les mouvements du prix du métal et les politiques étrangères d’achat d’argent perturbent l’économie chinoise. La sortie de métal exerce une pression sur le crédit et sur les paiements. Une monnaie métallique peut elle aussi transmettre un choc venu de l’extérieur.

1935 : le fabi, une autre idée de la garantie

À partir du 4 novembre 1935, les billets de banques désignées deviennent la monnaie légale, le fabi (法币). La réforme rompt avec le règlement courant en dollars d’argent et organise la remise du métal. Le mot ne nomme pas une nouvelle matière : il affirme un statut légal. Désormais, la validité du paiement dépend d’un cadre institutionnel plutôt que de la possibilité de peser la pièce reçue.

Recto et verso d’un billet vert de cinq yuan de 1936, avec Sun Yat-sen et une architecture au revers.
Billet de 5 yuan de la Banque centrale de Chine, 1936 : témoin de l’époque du fabi.Waterlow & Sons Ltd for the Central Bank of China · Public domain · Source et droits · Redimensionnement et conversion WebP, sans recadrage.

Les billets républicains mêlent portraits, architectures, signatures, bordures et impressions sophistiquées. Certains sont produits à l’étranger, notamment par des imprimeurs britanniques ou américains. Ces objets témoignent d’un monde de techniques et de contrats internationaux, bien avant les chaînes de fabrication mondialisées contemporaines.

Il serait réducteur de raconter le fabi uniquement à partir de sa fin. La réforme répond à de véritables problèmes de circulation et de souveraineté. C’est la guerre, la désorganisation des recettes publiques et l’ampleur des besoins de financement qui vont soumettre ce système à des contraintes extrêmes.

Repères documentaires : [14] Banque de Chine — histoire de l’établissement, 1912–1949 · [15] Banque de Chine — la réforme des taels et du yuan · [16] Banque de Chine — Choice for Silver Dollar in the Currency Reform

09 / CHAPITRE

Guerres et inflation : quand les chiffres cessent de rassurer

L’invasion japonaise et la guerre à grande échelle à partir de 1937 fragmentent davantage l’espace monétaire. Aux émissions du gouvernement national s’ajoutent celles d’autorités installées dans les territoires occupés et celles des bases contrôlées par les communistes. La circulation d’un billet peut indiquer une zone de pouvoir, un réseau d’approvisionnement, parfois une frontière dangereuse à traverser.

Le billet devient un instrument de résistance et d’administration autant qu’un moyen de paiement. Alimenter les villes, rémunérer les soldats, déplacer des réserves et maintenir les imprimeries en fonctionnement sont des opérations matérielles exposées aux bombardements, aux ruptures de transport et aux pénuries. La qualité d’une gravure ne peut compenser la destruction des ressources qui soutiennent une monnaie.

Après 1945, la guerre civile prolonge les déséquilibres. Les émissions augmentent, les prix s’emballent et l’épargne monétaire perd sa valeur. Pour ceux qui vivent d’un salaire, l’essentiel n’est pas la taille des nombres sur le billet mais le temps pendant lequel ce revenu permet encore d’acheter du riz, du tissu ou du combustible.

Le nom « yuan-or » ne crée pas l’or

En août 1948, le gouvernement national introduit le jinyuanquan (金圆券), généralement traduit par « yuan-or », en remplacement du fabi à raison d’un nouveau pour trois millions d’anciens. La réforme impose des remises de métaux précieux et de devises et tente de contenir les prix. Son appellation ne signifie pas que chaque porteur peut librement exiger une quantité d’or au guichet.

Faute de stabilisation durable des finances et dans le contexte de la défaite militaire, le nouveau système s’effondre rapidement. La Banque de Chine conserve dans son histoire institutionnelle les traces de déposants ruinés, de difficultés de caisse et de retours locaux aux dollars d’argent. L’inflation n’est pas seulement un épisode spectaculaire pour collectionneurs : elle déplace et détruit des patrimoines.

L’année 1949 ne se résume donc pas à un simple changement d’étiquette monétaire. Plusieurs processus se croisent : les dernières tentatives du gouvernement national sur le continent, l’expansion du renminbi et la réorganisation politique. À Taïwan, le nouveau dollar taïwanais suit une histoire distincte à partir de 1949 ; ce dossier poursuit désormais celle du renminbi émis par la Banque populaire de Chine.

Repères documentaires : [14] Banque de Chine — histoire de l’établissement, 1912–1949 · [17] Banque de Chine — les effets de l’hyperinflation, 1946–1949

10 / CHAPITRE

1948 : la naissance du renminbi avant celle de la République populaire

Le 1er décembre 1948, à Shijiazhuang, la Banque populaire de Chine est créée et les premiers renminbi sont mis en circulation. La République populaire de Chine ne sera proclamée que le 1er octobre 1949. Cette chronologie est essentielle : la nouvelle monnaie naît pendant la guerre civile, pour unifier d’abord des espaces contrôlés par les communistes dont les émissions locales étaient devenues difficiles à articuler.

La nouvelle institution résulte de la réunion de la Banque de Chine du Nord, de la Banque de Beihai et de la Banque des paysans du Nord-Ouest. Il faut remplacer des monnaies régionales, fixer des conversions, acheminer les billets et rendre la nouvelle unité utilisable. L’unification ne se réalise pas partout le même jour ; elle accompagne l’extension du pouvoir et la reconstruction des échanges.

Épreuve de vingt yuan de 1949, montrant un ouvrier poussant un wagonnet.
1949 · Première série, 20 yuan. Un ouvrier pousse un wagonnet devant un paysage industriel. La mention rouge identifie une épreuve : ces vingt yuan appartiennent à l’unité antérieure à la réforme de 1955.中国人民银行 / Banque populaire de Chine · Domaine public — PD-China selon la notice Commons · Source et licence
Billet épreuve de cent yuan de la première série, avec deux vues d’architecture.
1949 · Première série, 100 yuan, épreuve. Pont et architecture monumentale occupent les deux médaillons. L’ornementation et la diversité des sujets distinguent ces premières émissions de l’unité graphique des billets actuels.中国人民银行 / Banque populaire de Chine · Domaine public — PD-China selon la notice Commons · Source et licence

Un pays au travail, imprimé sur ses billets

La première série, émise à partir de 1948, comprend à terme douze valeurs, de 1 à 50 000 yuan, et soixante-deux types dans la classification généralement retenue. Ces grands nombres appartiennent à une ancienne unité : il ne faut pas les rapprocher directement des coupures actuelles. La diversité des formats et des dessins porte la marque des conditions de production de l’époque.

Les images privilégient le travail, les transports et les territoires : cultivateurs, ouvriers, trains, navires, usines, ponts et paysages. Cette monnaie ne place pas un portrait unique au centre de toutes ses coupures. Elle propose un répertoire d’activités et de ressources avec lesquelles reconstruire un espace économique commun.

L’inscription « 中国人民银行 », Banque populaire de Chine, de la première série est associée à la calligraphie de Dong Biwu. L’écriture manuscrite devenue marque institutionnelle donne à ces billets une présence particulière. Elle rappelle que les monnaies sont aussi dessinées par des personnes, dans des ateliers, avant d’être les objets apparemment anonymes d’une circulation de masse.

Stabiliser les prix demande toutefois davantage que de nouvelles planches d’impression. La coordination budgétaire, la maîtrise des émissions et l’approvisionnement des marchés participent au rétablissement monétaire du début des années 1950. Cette stabilisation est un élément décisif de l’installation du renminbi dans les usages.

Repères documentaires : [18] Banque populaire de Chine — naissance du renminbi et évolution bancaire · [19] Musée national de Chine — première série et épreuves du renminbi · [20] Banque populaire de Chine — spécimens de la première série

11 / CHAPITRE

Cinq séries, plusieurs manières de représenter la société

Une « série » de renminbi est une famille de dessins et de valeurs introduite progressivement. Elle ne correspond ni à une seule année d’impression ni au remplacement simultané de tous les billets du pays. Des coupures de séries différentes ont coexisté ; une date inscrite sur un billet peut différer de sa date réelle de mise en circulation.

Les grandes étapes du renminbi
SérieDébut d’émissionCe qui change
Première1er décembre 1948Unification des émissions ; nombreux paysages et scènes de production.
Deuxième1er mars 1955Nouvelle unité : 1 yuan nouveau pour 10 000 anciens yuan.
Troisième20 avril 1962Travail agricole et industriel ; développement des techniques nationales d’impression.
Quatrième27 avril 1987Portraits et diversité des populations ; retour des valeurs de 50 et 100 yuan.
Cinquième1er octobre 1999Portrait de Mao Zedong sur les billets ordinaires ; ensemble de paysages et monuments.

1955 : enlever quatre zéros, établir une échelle durable

La deuxième série est introduite le 1er mars 1955. Un yuan nouveau remplace 10 000 yuan anciens. Un billet de 10 000 de la première série correspond donc nominalement à un yuan dans la nouvelle unité. Le changement simplifie les comptes ; à lui seul, il ne crée pas une richesse supplémentaire. C’est une réforme d’échelle après le travail de stabilisation.

Les petites valeurs en fen et en jiao retrouvent une place lisible. Les images de camions, d’avions, de navires, de trains ou d’ouvrages énergétiques mettent en scène un pays qui se relie et s’équipe. Le billet de trois yuan, avec le pont de Longyuankou dans les Jinggangshan, constitue une particularité célèbre de cette série. Certaines coupures sont imprimées en Union soviétique, un aspect de la coopération technique de l’époque.

Épreuve d’un fen de la deuxième série portant le dessin d’un camion.
Deuxième série · 1 fen, type millésimé 1953, introduit en 1955. Le camion place les transports jusque sur la plus petite valeur. Le millésime du dessin ne permet pas de dater chaque exemplaire : ce type a été réimprimé.中国人民银行 / Banque populaire de Chine · Domaine public — PD-China selon la notice Commons · Source et licence
Billet de deux fen, avion en vol et mention de spécimen rouge.
Deuxième série · 2 fen, type millésimé 1953. L’avion poursuit le programme iconographique des moyens de transport. Ces coupures de papier ont été retirées de la circulation ; elles sont ici des témoins historiques.中国人民银行 / Banque populaire de Chine · Domaine public — PD-China selon la notice Commons · Source et licence

1962 : les métiers au premier plan

La troisième série commence à circuler le 20 avril 1962, avec le billet d’un jiao rouge-brun. D’autres valeurs arrivent ensuite sur plusieurs années. La conductrice de tracteur du yuan, le tourneur du deux yuan et les ouvriers sidérurgistes du cinq yuan composent une galerie des métiers. Le dix yuan montre des représentants sortant du Grand Palais du Peuple.

Ces images donnent une dignité monumentale à des gestes professionnels. La présence d’une femme au volant d’un tracteur associe la modernisation agricole à une représentation nouvelle du travail féminin. Il faut distinguer cette image publique de toutes les réalités sociales de l’époque, marquée aussi par les pénuries, la famine du Grand Bond en avant et les bouleversements de la Révolution culturelle. La monnaie est une source sur les ambitions d’un pouvoir, pas une photographie exhaustive de la vie vécue.

Recto du yuan de la troisième série avec une conductrice de tracteur.
Troisième série · 1 yuan, millésime 1960. La conductrice de tracteur donne un visage au travail agricole mécanisé. Les mains sur le volant et le mouvement du véhicule font du métier le sujet même du billet.中国人民银行 / Banque populaire de Chine · Domaine public — PD-China selon la notice Commons · Source et licence
Billet de cinq yuan de la troisième série montrant des ouvriers devant un four de sidérurgie.
Troisième série · 5 yuan, millésime 1960. Les ouvriers sidérurgistes et la lumière du four donnent au travail industriel une composition presque picturale. Une image à lire comme le programme d’une époque.中国人民银行 / Banque populaire de Chine · Domaine public — PD-China selon la notice Commons · Source et licence

1987 : des visages dans une économie qui change

La quatrième série accompagne l’époque des réformes et de l’ouverture. Ses petites et moyennes valeurs portent des portraits représentant différentes populations du pays. Le cinquante yuan associe ouvrier, paysan et intellectuel ; le cent yuan présente les profils de Mao Zedong, Zhou Enlai, Liu Shaoqi et Zhu De. Des paysages et des motifs décoratifs complètent l’ensemble.

Le retour des grandes coupures de cinquante et cent yuan répond à des besoins de circulation nouveaux, après leur absence dans les deuxième et troisième séries. Ce retour ne doit pas être comparé sans précaution aux grandes valeurs de la première série, qui appartenaient à une autre unité. L’essentiel est l’évolution des usages, des revenus et de l’échelle des transactions.

Repères documentaires : [21] Bureau de liaison du gouvernement central à Hong Kong — histoire du renminbi · [22] Banque populaire de Chine — notices de la troisième série retirée · [23] Banque populaire de Chine — notices de la quatrième série retirée

12 / CHAPITRE

La cinquième série : un atlas de poche

Depuis son lancement en 1999, la cinquième série donne aux billets ordinaires une cohérence immédiatement visible. Mao Zedong figure au recto ; le revers ouvre sur un paysage ou un monument. La série réunit six valeurs de billets, de 1 à 100 yuan, avec l’introduction du vingt yuan dans cette famille. Toutes n’ont pas été mises en circulation en 1999.

Le portrait assure une continuité entre les coupures. Les revers proposent une géographie : eaux du Jiangnan, montagne sacrée, grands fleuves, hauts plateaux et architecture politique de la capitale. Les billets font ainsi circuler des lieux que leurs porteurs ne visiteront pas nécessairement. Comme les images d’un livre, ils construisent des repères partagés.

Des mains tiennent un billet vert d’un yuan de la cinquième série.
Cinquième série · Un yuan tenu entre les mains, photographié en 2020. Le portrait de Mao Zedong, le grand chiffre et les motifs floraux rendent la coupure immédiatement reconnaissable.cottonbro studio / Pexels · Pexels License · Source et licence
Plusieurs billets rouges de cent yuan se chevauchent, portrait de Mao Zedong visible.
Cinquième série · Plusieurs billets de 100 yuan photographiés en 2010. Le rouge, le portrait et la structure commune des coupures font ici image de série. Cette photo précède la révision de 2015.PublicDomainPictures / Pixabay · CC0 (publication antérieure au 9 janvier 2019, clause 4 des conditions Pixabay) · Source et licence
1 元

Le lac de l’Ouest, Hangzhou

Les pagodons des Trois bassins reflétant la lune rattachent le billet au paysage lettré du Jiangnan.

5 元

Le mont Tai

Montagne sacrée et lieu des cérémonies impériales, le Taishan relie le paysage à une très longue mémoire culturelle.

10 元

Les Trois Gorges du Yangzi

Le passage du fleuve entre les reliefs, notamment la gorge de Qutang, transforme une voie de circulation en image monumentale.

20 元

Les paysages de Guilin

Reliefs karstiques et eau composent une scène dont le langage rejoint celui de la peinture de paysage.

50 元

Le palais du Potala, Lhassa

L’architecture tibétaine et son implantation sur la colline rouge donnent au revers une silhouette immédiatement identifiable.

100 元

Le Grand Palais du Peuple, Pékin

Édifié en 1959, le bâtiment inscrit la représentation institutionnelle au cœur du paysage monétaire.

Graver un lieu n’est pas le photographier

Les compositions sont adaptées aux contraintes du billet : lisibilité des valeurs, équilibre du cadre, traits de gravure et dispositifs de sécurité. Il ne faut pas les traiter comme des vues topographiques parfaitement littérales. Les paysages sont sélectionnés, simplifiés et composés pour devenir reconnaissables dans un rectangle de papier.

Les fleurs et les ornements ajoutent une autre strate de lecture. Le portrait attire d’abord le regard, mais l’identité d’un billet tient aussi aux motifs de fond, aux guillochis, aux caractères et à la relation entre espaces pleins et réserves. Le nom de la banque apparaît en chinois, en pinyin et dans plusieurs écritures de langues du pays. Le billet donne à voir une institution nationale à travers une pluralité graphique.

La cinquième série a connu plusieurs révisions. Le cent yuan de 2015, certaines coupures de 2019 et le cinq yuan de 2020 améliorent notamment les moyens de reconnaissance et de sécurité. Les chiffres à effets optiques, les filigranes, les fils de sécurité et l’impression en relief appartiennent à cette histoire du dessin autant qu’à celle de la lutte contre la contrefaçon.

Repères documentaires : [24] Banque populaire de Chine — introduction à la cinquième série · [25] Présentation institutionnelle — paysages des billets · [26] Banque populaire de Chine — annonce du 100 yuan de 2015 · [27] Gouvernement chinois — émission des versions de 2019 · [28] Banque populaire de Chine — cinq yuan de 2020

13 / CHAPITRE

De la banque unique à la banque centrale

Le nom de Banque populaire de Chine apparaît sur chaque billet, mais son rôle a changé. Dans les premières décennies de la République populaire, elle réunit dans une organisation très centralisée des fonctions d’émission, de crédit et de gestion bancaire. L’économie planifiée donne à la banque une place qui ne se comprend pas à partir du seul modèle d’une banque centrale contemporaine.

Les réformes engagées à partir de la fin des années 1970 font émerger des établissements spécialisés et transforment la répartition des activités. En septembre 1983, le Conseil des affaires d’État décide que la Banque populaire exercera spécifiquement les fonctions de banque centrale ; la réorganisation prend effet en 1984. La loi de 1995 sur la Banque populaire de Chine consolide ensuite son cadre juridique.

Émettre la monnaie ne se réduit pas à fabriquer des billets. Il faut organiser les stocks, la distribution des espèces, leur retour lorsqu’elles sont usées et les systèmes dans lesquels se règlent les paiements. Ces infrastructures restent généralement invisibles au porteur d’une pièce ou d’un billet. Elles sont pourtant une partie essentielle de la confiance quotidienne.

La petite monnaie et les objets de collection

Les pièces du renminbi ont elles aussi une histoire. Aux petites pièces en fen s’ajoutent d’autres familles, dont les pièces dites de la Grande Muraille, puis les ensembles floraux familiers aux générations suivantes. Les orchidées, lotus et chrysanthèmes composent un vocabulaire plus discret que les grands portraits des billets.

Il faut distinguer les espèces destinées à la circulation courante des émissions commémoratives et des monnaies en métaux précieux, telles les Panda. Une valeur faciale sur une monnaie de collection n’explique pas à elle seule sa fonction ni son prix. La numismatique étudie aussi les objets que l’on conserve, offre ou expose, au-delà de ceux que l’on dépense.

Des certificats de change réservés à certains usages ont par ailleurs circulé à partir de 1980 avant leur retrait dans les années 1990. Ils témoignent d’une période d’ouverture graduelle et de circuits de paiement distincts. Leur existence rappelle que l’histoire moderne du yuan ne se lit pas uniquement dans les cinq séries ordinaires.

Repères documentaires : [18] Banque populaire de Chine — naissance du renminbi et évolution bancaire · [29] Loi sur la Banque populaire de Chine — adoption en 1995 · [30] NGC — motifs des pièces de la cinquième série · [31] Banque de Chine — certificats de change, années 1980 · [36] Banque de Chine — rétrospective sur les certificats de change

14 / CHAPITRE

Le renminbi dans le monde : usages nouveaux, histoire ouverte

Avec le développement des échanges et de la place économique chinoise, le renminbi est devenu davantage utilisé au-delà de ses frontières d’émission. Règlements commerciaux, financements et réserves officielles ne sont toutefois pas la même chose. Une monnaie peut progresser dans un de ces usages sans transformer immédiatement tous les autres.

Le 1er octobre 2016, le renminbi entre dans le panier qui sert à évaluer les droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international, aux côtés du dollar américain, de l’euro, du yen et de la livre sterling. Cet événement reconnaît son rôle international. Les DTS sont un actif de réserve international : ils ne sont ni un billet mondial ni une monnaie que l’on reçoit au guichet d’un commerce.

Les appellations de marché CNY et CNH distinguent couramment les contextes de négociation à l’intérieur de la Chine continentale et sur les marchés offshore. Elles ne désignent pas deux sortes de billets que l’on pourrait différencier dans un portefeuille. CNY reste le code monétaire international ; CNH est une convention de marché.

Cette présence internationale dépend de choix institutionnels, de la confiance des partenaires et des possibilités de circulation financière. Il n’est pas nécessaire de lui attribuer une victoire future ou une limite définitive pour en comprendre l’importance. L’histoire monétaire chinoise montre déjà combien les usages d’une monnaie peuvent évoluer sans perdre tout lien avec leur passé.

Repères documentaires : [32] Fonds monétaire international — les DTS · [33] Fonds monétaire international — revue de la valorisation des DTS, 2022

15 / CHAPITRE

Le yuan numérique, un nouveau support

Dans la Chine contemporaine, le paiement par téléphone a profondément changé les gestes du quotidien. Il ne se confond pas pour autant avec le yuan numérique : les applications de paiement étaient déjà largement utilisées avant les expérimentations de l’e-CNY, ou 数字人民币.

Développé sous l’impulsion de la Banque populaire de Chine, ce projet explore de nouvelles formes de circulation du renminbi. Après le bronze coulé, l’argent pesé et le papier imprimé, l’écran ajoute un support à cette longue histoire. La valeur reste exprimée en yuan ; ce sont les objets et les gestes du paiement qui évoluent.

Les billets conservent leur place dans ce paysage. Ils restent des objets que l’on reçoit, transporte, collectionne et échange. Pour une conversion en euros au bureau de change, un billet et un solde numérique relèvent de services différents.

Repères documentaires : [34] Banque populaire de Chine — livre blanc sur l’e-CNY, juillet 2021 · [35] Gouvernement chinois — évolution du cadre numérique annoncée pour 2026

Sources et crédits

Les sources sont rattachées aux chapitres pour faciliter le contrôle. Les interprétations visuelles sont celles de la rédaction ; les données commerciales sont séparées du récit. Consultation : 15 octobre 2026.

  1. Musée national de Chine — Ancient Chinese MoneyVue d’ensemble des formes et des collections / 展览与钱币类型概览
  2. British Museum — monnaie-bêche, Ve siècle avant notre èreNotice 1996,0612.1 / 藏品条目
  3. British Museum — galerie de la monnaie, guide détailléFormes anciennes, Tang, circulation / 先秦钱币、唐钱与流通
  4. Musée national de Chine — exposition des monnaies anciennes半两、五铢、开元通宝 ; chronologie et textes des objets
  5. Musée national de Chine — notices des monnaies Qin et HanDimensions et identifications de pièces / 实物名称及规格
  6. British Museum — couteau monétaire de Wang MangRéformes archaïsantes / 托古改制
  7. British Museum — kaiyuan tongbao et monnaies d’Asie orientaleCase 9 ; réforme de 621 / 第9展柜,621年钱制
  8. Musée national de Chine — jiaozi des SongOffice en 1023, émission en 1024 / 1023年设务,1024年发行
  9. Guan, Palma et Wu — The rise and fall of paper money in Yuan China, 1260–1368The Economic History Review, 77, 2024, p. 1222–1250 ; DOI 10.1111/ehr.13305
  10. British Museum — billet Ming, type introduit en 1375Notice CIB,EA.260 ; voir aussi la planche Carter dans les crédits / 另见卡特图版来源
  11. Joe Cribb — A Catalogue of Sycee in the British MuseumBritish Museum Press, 1992 ; notice bibliographique, pas de reproduction d’image du musée
  12. Joe Cribb et Helen Wang — The British Museum collection of money and medals of the Qing periodDans China’s 1800s: Material and Visual Culture, chap. 14, p. 150 et suivantes / 第14章
  13. Musée national de Chine — cours sur les monnaies anciennesMing, argent et réformes fiscales / 明代白银与赋税改革
  14. Banque de Chine — histoire de l’établissement, 1912–1949Fondation, réformes et guerre / 建行、币制改革与抗战
  15. Banque de Chine — la réforme des taels et du yuanHistorique institutionnel ; lecture critique des formulations / 机构行史资料
  16. Banque de Chine — Choice for Silver Dollar in the Currency ReformDates de 1933 et du 4 novembre 1935 / 改革时间及法币规定
  17. Banque de Chine — les effets de l’hyperinflation, 1946–1949Dépôts, réforme de 1948, difficultés de paiement / 存款损失、金圆券与支付困难
  18. Banque populaire de Chine — naissance du renminbi et évolution bancaireDates et institutions ; le récit conserve une distance avec la rhétorique de la source / 采用史实,未沿用宣传性表述
  19. Musée national de Chine — première série et épreuves du renminbiClassification des 62 types / 六十二种版别的审定
  20. Banque populaire de Chine — spécimens de la première sérieCatalogue officiel lié, images non copiées / 链接官方图样,未复制图片
  21. Bureau de liaison du gouvernement central à Hong Kong — histoire du renminbiUtilisé pour 1955 et la conversion 1:10 000 ; les indications de circulation de cette page ne sont pas reprises comme état actuel / 仅采用历史部分
  22. Banque populaire de Chine — notices de la troisième série retiréeLa notice confirme le 20 avril 1962 / 官方条目确认1962年4月20日
  23. Banque populaire de Chine — notices de la quatrième série retiréePortraits, revers, dates / 人物、背景与发行时间
  24. Banque populaire de Chine — introduction à la cinquième sérieDébut en 1999, structure des valeurs / 1999年起发行与面额结构
  25. Présentation institutionnelle — paysages des billetsIdentification des paysages ; les légendes architecturales légendaires ne sont pas reprises / 采用景观对应关系
  26. Banque populaire de Chine — annonce du 100 yuan de 2015Annonce [2015] no 23 / 〔2015〕第23号公告
  27. Gouvernement chinois — émission des versions de 201950、20、10、1元与硬币 / valeurs concernées
  28. Banque populaire de Chine — cinq yuan de 2020Mise en circulation du 5 novembre 2020 / 2020年11月5日起发行
  29. Loi sur la Banque populaire de Chine — adoption en 1995Référence historique de l’adoption ; pas de conseil juridique / 仅用于制度沿革
  30. NGC — motifs des pièces de la cinquième sérieSource professionnelle de certification ; orchidée, lotus, chrysanthème / 兰花、荷花、菊花
  31. Banque de Chine — certificats de change, années 1980À rapprocher de la notice de 2019 : arrêt le 1er janvier 1995 / 停用日期另见2019年公告
  32. Fonds monétaire international — les DTSEntrée du renminbi en octobre 2016 / 2016年人民币加入定值篮子
  33. Fonds monétaire international — revue de la valorisation des DTS, 2022Distinction onshore/offshore / 在岸与离岸市场
  34. Banque populaire de Chine — livre blanc sur l’e-CNY, juillet 2021Source historique du projet initial / 项目初期框架
  35. Gouvernement chinois — évolution du cadre numérique annoncée pour 2026Consulté pour ne pas présenter le cadre de 2021 comme immuable ; détails bancaires hors récit / 仅用于时效核验,不展开银行技术细节
  36. Banque de Chine — rétrospective sur les certificats de changeConfirme 1980 et le retrait de 1995 / 确认发行与停用日期

Les crédits photographiques figurent sous chaque image. Les notices et conditions sont également conservées dans le manifeste des illustrations. Les photographies et les reproductions historiques sont intégrées dans le récit.